La bévue

Parmi des dizaines de personnes nous étions les invités d’un couple d’amis, sans enfant. Ils avaient décidé de pendre la crémaillère dans leur nouvelle maison. Nous étions arrivés chez eux par ordre dispersé. Il était prévu que nous dînions autour d’une bonne choucroute, une flammekueche devant nous être servie en entrée. A l’heure prévue, nous étions tous présents. Cependant, seul manquait à l’appel le maître de maison. Constatant son retard qui persistait, sa compagne s’excusa et finit par servir le champagne, accompagné de toasts et biscuits salés.

Le temps s’égrenait, et le maître de maison ne se manifestait toujours pas. A maintes reprises, elle tenta bien de téléphoner à son bureau, mais personne ne répondit. Pour combler le temps, la maîtresse des lieux n’arrêtait pas de nous resservir copieusement quelques coupes de ce précieux liquide, à tel point qu’on aurait dit qu’elle voulait tous nous soûler. Nous voulions la rassurer, prétendant que son homme avait pu être retenu par une trop grosse circulation ou avait eu un rendez-vous professionnel imprévu. Toutes les cinq à dix minutes, nous constations bien qu’elle s’esquivait, sans doute pour retéléphoner. A force d’attendre, elle nous incita à passer à table, s’absentant encore par ci, par là. Nous mangions tous assez stressé, et plutôt mal à l’aise. En fait, un peu plus tard, aux environs de vingt deux heures trente, après une nouvelle absence, alors que nous allions passés au dessert, elle nous déclara avoir eu enfin son homme au téléphone. Il lui avoua qu’après avoir fêté une promotion d’un de ses associés, sa tête tournait. Il avait alors préféré s’allonger une heure sur son canapé du bureau, avant de reprendre la route, travaillant à une vingtaine de kilomètres de chez lui. Malheureusement, il s’était endormi. Il n’avait rien entendu de suite, même pas la moindre sonnerie à proximité.
La guerre semblait déclarée. Toutefois, une heure plus tard, très contrit le maître de maison revint. Il se confondit en maintes explications, tentant d’expliquer un contre-temps. Finalement, peu à peu l’un et l’autre se détendirent, et l’ambiance redevint plus sympathique. Sans doute, ne se gardèrent-ils pas rancune, puisque neuf mois après, entre autres, tous les convives présents ce soir là vinrent visiter la maîtresse de maison à la maternité. Par son intermédiaire ou en les voyant tous deux, ils n’omirent pas de complimenter les heureux parents.

Josette, Heillecourt (54)

Petit plus gourmand :


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